Les mystères de la grotte des Brasselettes à Lavancia (Jura)

Avant propos

Voici contée l’histoire moderne de cette petite grotte, qui nous a bien occupé de 2003 à 2012.
Pour mieux s’imprégner de l’ambiance, il faut s’appuyer sur les photos suivantes : Diaporama
Ces dernières sont des photos prises sur le vif  et dans l’action, dans les conditions difficiles de l’exploration (boue, buée, eau, etc…). Elles ont avant tout une valeur historique, et non pas esthétique.

Nota : Elles comportent une légende succincte qui permet d’interpréter la narration. Elles sont classées chronologiquement. On y trouvera également la topo en plan et une coupe de la cheminée principale.


Contexte :

Les BrasselettesCette grotte, connue de longue date par les locaux et les anciens du club, s’ouvre sur la commune de Lavancia-Epercy, dans le sud Jura, au lieu dit « combe Morey ».

Elle est connue également sous l’appellation « Grotte rouge ». Son entrée discrète, en forme de terrier, donne rapidement sur un petit ressaut, aussitôt suivi d’une partie basse argileuse et aquatique, souvent ennoyée, où les équipements néoprènes sont indispensables. Ces zones laissent passer les spéléos uniquement à la belle saison et après de longues périodes sans précipitations. La grotte est émissive lors de fortes pluies.

A 120 mètres de l’entrée, un dernier passage étroit et noyé en permanence, mettait un terme à toutes les explorations jusqu’à…

La canicule de 2003 :

Les BrasselettesC’est lors de la sévère sécheresse de 2003 que la cavité est remise au goût du jour et qu’une équipe motivée parvient à franchir l’obstacle sans plonger (J-Luc, Djiti, François). Ce verrou vaincu, c’est alors l’euphorie de la première, avec la découverte de plusieurs centaines de mètres de belles galeries, comportant quelques beaux volumes, de nombreux départs en cheminées et des puits.

Au point le plus bas (cote – 11 m), une galerie spacieuse bute sur une petite dune de sable, qui de toute évidence dissimule un minuscule siphon ensablé, origine des eaux lors des crues, c’est le siphon de Sable (Fred, Éric, J-Luc).


Techno-parade, ou la musique intra-terrestre :

Dans les hauteurs, où des bruits étranges se font entendre dès 2003, une escalade en artif (escalade à l’aide d’un perforateur pour poser des amarrages artificiels) est entreprise en Août 2005 à la cheminée du Tracteur, et permet de découvrir de belles salles concrétionnées (J-Luc, Dom). Mais ce jour là, c’est bien plus que des concrétions qui attendent le duo de grimpeur, c’est un véritable concert de musique techno ! En effet, un son composé de basses assourdissantes, puissantes, rythmées, provient d’une autre cheminée qu’ils escaladent aussitôt et avec appréhension. Au sommet, après un passage bas, une petite salle est surmontée d’une dernière cheminée de 8 m.

Aucune trace humaine, pas de technologie, et pourtant des percussions énormes résonnent, des xylophones tintent et des chiens aboient ! L’équipe est abasourdie, anéantie ! Plus tard, on constatera que le son parvient d’une fissure impénétrable située au plafond. C’est la Techno-cheminée.

Des enregistrements sont réalisés, mais de qualité médiocre. Ce son, inédit dans toute la littérature scientifique, est bien sûr 100% naturel, et pour l’instant encore inexpliqué…


Une histoire de boy

Les Brasselettes

Plus bas, à main gauche, une autre branche est explorée, légèrement ventilée, avec des puits borgnes, des traversées et un départ de boyau ventilé (François, Bruno, Eric, Djiti, J-Luc, Dom). Ce boyau abominablement gras est long de 100 m. Son nom de baptême, le Rectum, en dit long sur sa difficulté. Au-delà, c’est un dédale de puits borgnes, de cheminées non escaladées, et de galeries vierges qui attendent encore de courageux explorateurs. A ce jour, personne ne se bouscule pour y aller, avis aux amateurs…

Nom de code : Opération piscine.

Les Brasselettes

Malgré des avis « divergents », une minuscule poignée d’acharnés est convaincue que la suite évidente du réseau se trouve au delà du Siphon de Sable, et entreprennent un travail de fous et de fourmis, consistant à déplacer la dune. Comme chaque crue à la bonne idée de tout remettre en place, il est décidé de mettre le sable en sac.

Des dizaines de séances seront nécessaires, parfois en solitaire. Au fil du temps, un minuscule passage étroit et noyé est découvert. Son étroitesse et son niveau d’eau fluctuant au gré de la météo, interdisent le passage. Afin d’en savoir plus et de mobiliser les troupes, 3 séances de vidéo façon coloscopie permettront de voir qu’il y a une surface non loin. Les efforts redoublent alors, profitant de la relative sécheresse de l’automne 2009.

Les BrasselettesL’idée germa de fabriquer un bassin afin d’y stocker l’eau du siphon, la piscine était née ! Il faudra plusieurs séances de vidange à l’aide de simples seaux, pour y arriver, car le scénario redouté est bien là. Le plan d’eau de notre coté est petit, et immense de l’autre… Malgré tout, après plusieurs tentatives et un échec en plongée, on arrive à suffisamment désamorcer le verrou liquide pour enfin passer le 27 septembre. C’est la victoire ! (François, Olivier, Clément, Dom, avec le soutien de Vincent). Vidéo du franchissement dans le sens retour


Enfin de la première !

Au-delà, curieusement pas de sable, mais un long bassin, puis une galerie argileuse remontante, de plus en plus spacieuse. A un carrefour, l’équipe se divise en deux, c’est l’euphorie. Sur la droite, 2 galeries très propres redescendent, provenance de l’actif certainement. L’une bute rapidement sur un petit siphon, l’autre sur une voûte mouillante. Elle sera franchie plus tard par Olivier et Dom (galerie des Zippos), et donnera encore sur un phénomène géologique surprenant, d’immenses banquettes de sable ultra fin, retaillées par les décrues.

Les BrasselettesMais, comme au Siphon de Sable, c’est le bouchon total, mais à la puissance 10 cette fois. Les crues proviennent de derrière le bouchon sableux, le pousse, ressortent par l’entrée, puis le sable est en partie réengagé lors du reflux, obstruant complètement le passage. Une désobstruction avec mise en sac serait indispensable, mais quel travail !

Retour au carrefour. Sur la gauche, une galerie ronde en conduite forcée d’environ 2.50m de diamètre remonte avec le pendage. Hélas, toute sa partie inférieure est comblée par un remplissage de concrétions en forme de gours, obligeant à un fastidieux 4 pattes ou à un ramping. Tout cette zone est susceptible de se noyer lors des crues.Les Brasselettes

Plus loin, on dépasse visiblement le niveau d’ennoiement, mais le sol devient infernal même avec des genouillères, avec par terre de minuscules concrétions façon récif de corail. Une petite cheminée active vient rompre la monotonie, et après une galerie spacieuse très érodée, une chatière donne sur un immense vide. C’est une énorme cheminée, comme on en rêve la nuit, large, spacieuse, avec une roche propre et cannelée...

L’équipe crie sa joie, Dom se voit déjà en train de l’escalader, perforateur à la main… Et cerise sur le gâteau, même la Scurion à fond (lampe frontale à leds surpuissante) ne permet pas de détecter le plafond. C’est la Cheminée de la Messe. Le soir même, on boit le champagne chez Dom pour fêter la victoire !

Champagne 

Champagne !!!


Désobstructions :

Afin de pérenniser au maximum le passage au Siphon de sable, Eric entreprend un gros travail  d’agrandissement de la voûte, poursuivi ultérieurement par Dom. Ces actions se sont révélées payantes, car le verrou liquide est désormais beaucoup moins siphonnant, et des explos possibles au-delà plus souvent.

Et les Shadoks pompaient !

Les Brasselettes

Afin d’accélérer ce que dame nature tardait à faire, plusieurs opérations de pompage de la zone d’entrée ont été réalisées, avec plus ou moins de bonheur. Moto pompe, pompes immergées, groupes électrogènes, ont été déployés, histoire de libérer les passages bas ennoyés en début de saison. Généralement beaucoup d’énergie, pour peu de résultats, la météo jouant souvent contre nous…


Escalades solitaires

Les perspectives de premières les plus faciles étant réduites aux cheminées, plusieurs séances d’escalades seront  réalisées. Il faut bien comprendre qu’à cause du caractère aquatique de la grotte, l’ensemble du matériel doit être transporté dans des bidons étanches (accus, perfo, survie, etc…), et que l’on se déplace en combinaison néoprène, ce qui n’est pas sans poser des problèmes.
Le 1er Août 2009, une équipe (Claire, Clément, Dom) décide de poursuivre dans une des branches de la cheminée du Tracteur. Une galerie est atteinte, mais hélas jonctionnera avec le bas de la Les BrasselettesTechno-cheminée, ce sera le « balcon du Couillon » !

Puis, toute une série d’escalades en artif seront entreprise ici et là, généralement en solitaire (y compris les portages), avec des techniques complètement novatrices telles : auto-assurance sur corde statique, amarrages sur vis Multi-montis, barre-allonge, lampe Leds surpuissante, corde de 8 mm, etc… La plupart donneront hélas sur des impasses (cheminées Primo, cheminée Solo). De grands moments !


Les Brasselettes

L’heure de la Messe

Le 18 juillet 2010, 9 mois après sa découverte, l’escalade de la cheminée géante baptisée cheminée de la Messe (en l’honneur de Vincent) est enfin au programme. C’est un duo qui aide au portage (Jérémy, Clément) et laissent Dom à son ascension solitaire pour filer installer un point chaud et visiter la galerie des Zipos. A la fin de la journée, 35 m sont grimpés, arrêt sur caillante de l’équipe de soutien dépourvue de montre…

Le 27, Dom, cette fois en solitaire auto-assuré, remet ça et parvient au sommet de cette magnifique verticale de 67 m. Il découvre la salle du Clocher. Arrêt sur étroiture verticale en plafond. Un grand moment encore.Les Brasselettes
Il faudra attendre le 12 octobre pour que Dom et surtout Vincent puissent forcer l’étroiture. Ils découvriront une nouvelle cheminée terminée par une suite impénétrable à + 94 m, sans doute très près de la surface, au terme d’une ascension totale de 80m.

Cette verticale devient une des plus grandes du département.


Les perspectives :

Très vite, l’éventualité de déboucher en surface au sommet de la grande cheminée fait son chemin, corroborée par le report de la topo, qui donne environ une dizaine de mètres restants. Une désobstruction, et donc un accès dans le réseau par ce nouvel orifice seraient formidables, car on pourrait s’affranchir des contraintes aquatiques (ennoiement) des zones d’entrée. Cela permettrait aussi l’accès rapide à une très belle verticale, et des perspectives de nouvelles explorations vers des départs en hauteur, ainsi que la désobstruction de l’actif  au bout de la galerie des Zipos.

Soucieux de faire les choses dans la transparence, nous nous rapprochons de la Mairie de Lavancia afin d’exposer notre projet situé sur un terrain communal. Non seulement le conseil municipal est enthousiasmé, mais il nous propose une aide financière conséquente, tout comme une entreprise de TP locale.

Nous profitons de cette tribune pour les en remercier chaleureusement. 


Opération canne à pêche :

Les BrasselettesLe 6 mai 2011, une première tentative de géolocalisation du point haut de la cheminée est entreprise. Le club et en particulier Eric, est en pointe en la matière, avec l’utilisation des ARVA, initialement prévus pour les recherches sous la neige. Sous terre, afin de placer l’émetteur le plus haut possible dans le boyau impénétrable, une canne à pêche télescopique est utilisée. En surface, le point est trouvé, mais le spécialiste n’est pas satisfait de la précision.
Deux forages de confirmation, réalisés par une énorme machine « fond de trou », ne rencontrent hélas pas le vide espéré, c’est la douche froide…

Aussi, il faut attendre Août 2012 pour que cette fois une autre opération de géolocalisation se réalise, mais avec un autre appareil, le système TPS-Nicola. Mais c’est la stupeur, car un écart de près de 10 m est trouvé. Impossible donc d’attaquer quoi que ce soit sans une nouvelle localisation.

Hélas, l’automne 2012 et l’année 2013 seront deux années si compliquées (météo exécrable, indisponibilité des explorateurs), que rien ne pourra être entrepris dans ce sens, et le projet de forage tant espéré est toujours en attente.

Quelques chiffres :

Développement total exploré : environ 1100 m  (données au 1er novembre 2013
Dénivellation : 105 m (point bas à – 11 m et point haut à + 94 m)

Au 20 octobre 2013, nous comptabilisons exactement 101 sorties consacrées à la grotte des Brasselettes, sur la période 2003 – 2013, soit 10 années. Sorties variées, dont beaucoup consacrées à de plus ou moins courtes visites de reconnaissance pour voir si les niveaux permettent ou non de passer.

A suivre !

Dominique GUYETAND       Novembre 2013

Crédit Photo du diaporama : François Jacquier, Robert le Pennec, Clément Gouot, Dominique Guyétand