Les mystères de la Grotte de la Douveraine (La Pesse, Jura)

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casquePréambule

Pour mieux s’imprégner de l’ambiance, vous pouvez vous appuyer sur les photos suivantes : Diaporama
Ces dernières sont des photos prises sur le vif  et dans l’action, dans les conditions difficiles de l’exploration (boue, buée, eau, etc…). Elles ont avant tout une valeur historique, et non pas esthétique.

Nota : Elles comportent une légende succincte qui permet d’interpréter la narration. Elles sont classées chronologiquement.

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Situation et contexte :

Cette grotte s’ouvre à 840 m d’altitude, en bordure Ouest de la commune de La Pesse (39, Jura), mais on y accède par l’Enversy sur la commune des Bouchoux.
Sa découverte est le fruit d’un travail de prospection dans le secteur très particulier du canyon sec de la Douveraine.
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Le flanc Ouest de l’immense synclinal qui draine les eaux du  plateau de la Pesse et des Moussières, est entaillé par une profonde dépression perpendiculaire et dépourvue de circulation d’eau de surface. Cette vallée sèche aboutie dans la vallée du Tacon.
A son extrémité, coulent la source pérenne et impénétrable de la Douveraine, et 450 m  plus au Sud et un peu plus haut, coulent les exurgences  temporaires du Merdasson et de la grotte du Prieuré. Elles constituent un apport très important dans l’alimentation du Tacon.

Des écoulements mystérieux :

Curieusement, aucunes des nombreuses colorations réalisées sur l’immense plateau,  ne sont ressorties par ces sources, toutes ont filé vers le Nord pour rejoindre des résurgences des gorges du Flumen. C’est le premier mystère de ce réseau souterrain… La délimitation du bassin versant de la Douveraine est donc difficilement cernée, même si les spécialistes s’accordent pour dire qu’il est de petite taille et que sa position est issue de simples déductions. La possible relation entre les sources de la Douveraine et le système Merdasson-Prieuré tout proche n’est pas établie à ce jour, même si très probable… 

La deuxième énigme, toujours non élucidée, tient dans la coloration parfois laiteuse que prend l’eau des sources, alors que le débit est à l’étiage (débit bas de sécheresse), et que personne n’est dans la grotte à piétiner dans l’argile. Au début des explorations, persuadés qu’il s’agissait d’une pollution au petit lait issue d’un exploitant indélicat, des membres du GSD avaient fait faire des analyses d’eau prélevée.

Les conclusions ont été assez surprenantes, puisque elles démontraient qu’il n’y avait rien d’organique la dessous, mais bien que du minéral (argile). Comment l’eau pouvait elle se teinter toute seule ? Les hydrologues avancent alors l’hypothèse de plaques d’argiles claires qui tomberaient dans l’actif depuis les parois après les crues…    

Historique :

la douveraineSa découverte est assez récente et remonte à l’année 1994 par Philippe Laurent, habitant les Bouchoux et ancien du GSD (Groupe Spéléo du Doubs, Besançon), qui détecte une simple fissure d’où sort un violent courant d’air. Elle se situe à environ 150 m des sources et 20 m plus haut en altitude.

Un travail de titan est alors entrepris, afin d’élargir ce minuscule passage. D’abord en charriant des cailloux, puis en pleine roche avec des moyens plus lourds. Après de nombreuses et pénibles séances, un puits vertical extrêmement étroit de moins de 10 m est enfin descendu en septembre 97.la douveraine

Ce conduit, rendu parfois très pénible par la violence du courant d’air (sortant en été et entrant en hiver), aboutit à une petite salle qui donne immédiatement sur une étroiture très souvent siphonnante. Ce verrou liquide qui empêche de progresser est situé sur un point bas à – 17m. Il coupe le courant d’air quand il est plein.

la douveraineIl faudra beaucoup d’opiniâtreté pour parvenir à agrandir et franchir ce point délicat, intimement lié aux conditions climatiques et météorologiques.

Derrière, une galerie remonte… Ensuite, fin 1997, vont se succéder de nombreuses et belles découvertes dont de beaux volumes (galerie du Biotope, galerie du Grand Duc, pour ne citer que les plus remarquables), au prix de beaucoup d’efforts de désobstruction et d’agrandissement.

La salle Margot est découverte en janvier 98.


Un courant d’air exceptionnel !

La cavité se défend, les étroitures sont nombreuses et engagées. La plupart des explorations sont menées lors de l’étiage de l’hiver, rendant les expéditions pénibles et difficiles.

la douveraineRemonté avec sa charge l’étroit puits de sortie, parcouru par un énorme courant d’air à -15°c et en étant mouillé, est une expérience à la fois unique et dangereuse… Mais ce vent est surtout un fil d’Ariane bien utile pour avancer dans l’exploration, montrant le chemin dans les zones complexes, notamment les trémies.

De nombreuses cheminées jalonnent les galeries et la chasse au courant d’air mènera les valeureux grimpeurs à un des points  hauts explorés de la cavité, dans la cheminée et le miroir des Narcisses. Arrêt dans un méandre trop étroit à la cote + 62 m… Plus loin, vers la salle Margot, une galerie remontante un peu ventilée se termine elle aussi la même cote de + 63 m.

Aux termes des explorations lors de l’année 2000, environ 2 km sont topographiés, et la dénivellation atteint alors 80 m (- 17, + 63). Mais l’éloignement (Besançon/Les Bouchoux ça fait une trotte !), et les aléas météo font que les explorations sont abandonnées, alors qu’il reste encore plein de choses à faire.
De nombreuses prospections auront lieu sur le plateau afin de tenter de découvrir l’origine du courant d’air, mais rien d’intéressant ne sera trouvé…

Reprise des explorations :

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Les collègues Lédoniens du SCL (Lons le Saunier), qui connaissent un peu la cavité, nous lancent une invitation pour une visite inter-club le 2 janvier 2007. Ce sera le déclic pour une reprise des explorations par des membres du SCSC, avec la bénédiction du GSD.

Les recalibrages :

la douveraineLes premiers pas sont timides, car comme expliqué plus haut, la grotte est truffée de difficultés assez rébarbatives, telles que des multiples étroitures, des passages bas inondés, des trémies, et surtout le siphon temporaire situé en bas du puits d’entrée.
Comme Dom, le principal instigateur des sorties à la Douveraine n’est pas un fana d’étroitures, mais qu’il rêve d’escalader les innombrables cheminées que recèle la grotte, les hostilités vont commencer par une vaste campagne de rééquipement, de recalibrage et de sécurisation des passages clé. L'accès à la grotte elle même sera amélioré, en scellant des amarrages et en posant des cordes fixes afin d'équiper les petites barres rocheuses qui marquent le bas du canyon.la douveraine

Ces travaux, qui vont s’étaler sur 2009 et 2010 en 10 séances (dont une avec l’aide du SCL), permettront à la fois de rendre plus sûres et plus rapides les incursions au fond, mais permettront surtout de pouvoir y accéder presque par tous les temps, et non pas uniquement durant les forts étiages de l’hiver. Ils permettront également de mieux comprendre et d’apprivoiser cette cavité complexe, où l’actif principal n’est pas encore trouvé, et où l’impressionnant courant d’air excite l’imagination.


Les escalades :

Ces travaux achevés, il était temps de passer aux choses sérieuses. Les objectifs sont nombreux, mais essentiellement sous forme de conduits verticaux ascendants, autrement dits des cheminées. Mais par la quelle commencer ? Une des plus éloignée (vers la galerie des Dunes) attise la curiosité, car elle semble vierge, mais surtout elle est vaste et ses parois sont belles. Un grand monolithe vertical encombre sa base, ce sera la « cheminée de la Colonne ».

C’est le 10 Avril 2011 qu’une équipe de 4 lourdement chargée (Claire, Jérémy, Vincent et Dom) disparaît sous terre pour 10h 30 d’exploration. La verticale est vaincue par Vincent assisté de Dom, au terme d’une ascension de 27 m en artif aux Multi-Monti qui donne sur une grosse galerie. (photo du grimpeur)
Cette dernière procurera de grosses frayeurs au grimpeur et à son assistant, car d’énormes blocs de calcaire et d’argile tiennent en équilibre précaire sur la margelle. La galerie des « Graviers Glacés » est spacieuse et encombrée d’énormes blocs d’argiles varvés spectaculaires, preuve d’un ennoiement à l’époque glacière, même si haut perché. C’est l’euphorie, l’équipe se voit déjà faire des kilomètres sous le plateau de la Pesse…

Au bout de seulement 70 m, une nouvelle cheminée spacieuse met hélas un terme à la journée. Elle est énorme, et un pont rocheux se distingue dans les hauteurs, séparant en deux ce beau volume. Demi tour. Les grimpeurs retrouvent en bas l’équipe de soutient qui attendait patiemment dans un point chaud monté sur une dune de sable. (photo de Miss Douveraine)

Les aventuriers de l’Arche perdue :

Une nouvelle expédition est montée le week-end suivant au fin fond du réseau, mais cette fois sans l’assistance des porteurs, ce qui donnera des sacs bien assez plombés. Après deux heures passées à rééquiper correctement la première verticale, c’est Dom qui cette fois s’offre les joies de la première dans la cheminée de l’Arche. Haute de 36m,  elle sera vaincue en 2 longueurs.

Son plafond, irrémédiablement plat, n’offre comme suite qu’un minuscule mais magnifique méandre de type alpin logé dans un recoin. C’est Vincent, appelé à la rescousse qui osera s’y enfiler, suivi de Dom. Comment une si spacieuse verticale a pu être creusée par une si petite galerie ? Après bien des contorsions, environ 35 m seront gagnés dans ce « méandre du Serpent », nommé ainsi à cause de sa forme et de la brillance de ses parois. ( Photo du méandre)

Arrêt sur un bloc coincé dans une zone franchement très étroite, et hélas sans courant d’air, à la cote + 108  m, nouveau point haut de la cavité. C’est la déception, même si ce méandre est magnifique et qu'il continu.

Après 11 h 30 passées sous terre, nos explorateurs ont la joie de retrouver Claire et Jérémy à la sortie, venus en soutien et aux nouvelles.


 Cul de sac :

2012 verra encore 2 séances de recalibrages dans la trémie principale et plus loin vers Oxéo. Mais une question restait sans réponse dans la cheminée de la Colonne, où un départ en diaclase avait été découvert précédemment. Le 24 Juin, Tof et Dom partent élucider le problème. La manipe consiste à grimper dans un premier temps sur la corde de la cheminée de la Colonne, puis à partir en artif à l’horizontale sur la gauche afin de gagner la galerie vierge.

C’est torché en moins d’une heure par Dom qui atteint une courte galerie horizontale, puis c’est au tour de Tof d’explorer la suite qui redescend. C’est très joliment concrétionné, mais hélas en cul de sac, pas de bol encore une fois. Le déséquipement est réalisé dans la foulée. (photo)

Une rivière inconnue

En Août de la même année, un portage de matériel d’escalade est réalisé pour une future escalade, et le lendemain, le franchissement d’un court siphon en apnée apporte quelques mètres de première dans un secteur semi-actif et étroit. Il faudra y retourner, cette fois accompagné, car la galerie continue et c’est sans doute un regard sur la rivière inconnue…

Oxéo !

Faute d’équipiers, septembre voit un grimpeur solitaire (Dom), re grimper et rééquiper la première partie de la cheminée Oxéo (quel joli nom !). Le but de cette reprise est de tenter de contourner le terminus étroit de + 62 m situé non loin (miroir des Narcisses), atteint par le GSD, même si d’après eux ils avaient presque 100% du courant d’air… Qui ne tente rien n’a rien…

Bonne surprise cependant, car après une verticale d’environ 15 m pas très sympa, une galerie débouche dans une salle qui est la base d’une énorme cheminée bien propre, ne ressemblant en rien à la topo. Une corde du GSD est encore amarrée à seulement 5 mètres du sol, marquant l'escalade inachevée des prédécesseurs. Dans la foulée, 15 m supplémentaires seront escaladés en auto-assurance, avec arrêt sur manque de temps.

La suite est encore bien visible, bien ronde, sur une quinzaine de mètres au minimum, reste plus qu'à y retourner… Le rêve étant de trouver plus haut la cheminée Oxébo, suivie de la cheminée Oxégro ! Tout un programme !

À suivre !

 Texte et Crédit photo : Dominique Guyétand