Grotte de Gournier – (Choranche - Isère)

Claire Mermet-Maréchal, Louis Daudey,Guillaume Ballet, François Jacquier

La sortie de tous les superlatifs ! Et je ne pense pas que les 3 autres me contrediront.

On commence dans un site grandiose : le cirque et les falaises de Presles, le Jura mais à l'échelle 4 ou 5 !

Dix minutes de marche pour atteindre l'entrée et découvrir le premier obstacle : un lac, un vrai lac de 40 m de long qu'il faut traverser chacun son tour sur un frêle canot de plage acheté spécialement pour l'occasion par Claire. On doit installer une cordelette navette pour ramener le canot à vide après chaque passage. Dès le débarcadère il faut faire 7 à 8 m d’escalade pour atteindre une vire d’une vingtaine de mètres qui permet d’atteindre le débouché de la galerie principale. La vire est déjà équipée par une équipe de 3 Savoyards qui nous précède, mais comme nous ne savons pas quelle équipe ressortira en premier Guillaume préfère installer notre équipement en double.

Débute alors une randonnée souterraine de près d’un kilomètre dans une galerie fossile énorme avec de nombreux secteurs très concrétionnés. Des décors de cinéma fantastique, les mines de la Moria sans les nains ni les Orques. La progression se fait tantôt sur des sols de micros gours très adhérents, tantôt dans des zones de blocs effondrés dont certains ont la taille d’un petits HLM… Dans ce dédale il nous faut trouver un passage latéral qui plonge sur la droite vers le réseau actif. Une première fois nous repérons très nettement le grondement du torrent sous nos pieds mais le passage entre les blocs est trop exigu pour être le bon. Quelques centaines de mètres plus loin le cours d’eau se fait à nouveau entendre, cette fois le passage est beaucoup plus large mais débute par un à-pic vertical qui ne correspond pas vraiment avec les souvenirs qu’en a le président.

Quelques estomacs crient déjà famine et nous décidons de faire une pause casse-croûte ici. Si nous devions ne pas aller plus loin cette sortie serait déjà considérée comme très réussie, voire exceptionnelle après ce que nous avons déjà parcouru !

C’est pendant notre halte gastronomique que nous recroisons nos trois savoyards qui nous disent avoir atteint la rivière à peine plus loin dans la galerie principale. Nous n’attendons pas que la digestion soit terminée pour revêtir nos néoprènes. Un instant de franche rigolade quand le président sort sa nouvelle combinaison flambant neuve avec toutes ces étiquette y compris le cintre qui va avec… Une fois équipés nous filons à la recherche du trou d’accès dont on vient de nous parler. Nous avons beau chercher un peu partout, nous ne réussissons pas à localiser le passage convoité. Au bout de 15 à 20 minutes de vaines recherches nous décidons de revenir jusqu’au puits entrevu précédemment et d’y mettre une corde pour atteindre le cours actif.

Après le moment magique de la traversée du lac puis la découverte des majestueuses galeries fossiles, nous encaissons ici notre troisième effet « kiss cool » ! La rivière est bien là, il ne s’agit pas d’un torrent impétueux mais l’ambiance est à couper le souffle : pas un gramme d’argile sur les parois de roches blanches mais surtout une eau d’une pureté exceptionnelle et d’une couleur bleutée quasi artificielle. En l’espace des quelques mètres de la descente du puits nous avons complètement changé de grotte. Certes les espaces sont plus intimes, mais le décor et l’ambiance aquatique sont tout simplement fantastiques. Les cascatelles et les piscines se succèdent, toutes plus belles les une que les autres, un régal à l’état pur !

Nous remontons le cours du ruisseau en suivant le fond d’un canyon étroit où nos lumières se perdent dans les voûtes. Sans être glacée, l’eau n’est pas des plus chaudes et nous progressons en évitant si possible la nage en eaux profondes. La cavité est utilisée par les guides professionnels locaux qui ont équipé les ressauts et quelques bords de bassins avec des échelons en acier inox. Il est vrai que ces aménagements apportent du confort de progression mais leur présence fait quand même tache dans ces décors d’une pureté immaculée.

La fatigue cumulée des passages bras tendus sur ces échelons, où s’ajoute le manque d’aisance dû à la néoprène, finissent par avoir raison de Claire. Le président qui ressent aussi un besoin de souffler un peu préfère rester avec elle. Louis et Guillaume au meilleur de leur forme prolongent le plaisir jusqu’au pied de la cascade de 12 m qui constitue le terminus de la plupart des visites classiques. Pendant ce temps les deux autres rebroussent tranquillement chemin avec de multiples pauses photos.

Problématiques les prises de vue ! Aux incontournables incidents de flashs qui refusent de partir viennent s’ajouter les précautions strictes pour un appareil qui n’est pas étanche et un voile de vapeur récurant provenant des mains même du photographe. Avec quelques ruses d’indien on obtiendra quelques clichés corrects mais la grotte mériterait largement une séance dédiée uniquement à la photo. Ce sera peut-être l’occasion de revenir.

Louis et Guillaume ne tardent pas à nous rejoindre et ensemble nous retrouvons le pied de corde. Nouvelle séance de change pour abandonner les néoprènes, une légère collation et nous voilà repartis dans l’immense galerie fossile en cherchant le meilleur cheminement au travers des blocs et des massifs stalagmitiques. Fatigue ou effet hallucinogène, n’empêche que l’espace d’un instant Louis pense avoir vu la Vierge…

Arrivés à la vire l’équipement des Savoyards a disparu mais nous avons la surprise de trouver une nouvelle corde orange posée en parallèle avec la notre. Nous n’avons croisé personne sur notre retour, il ne peut donc s’agir que d’un guide pro qui est venu préparer sa sortie du lendemain samedi. Cette corde en place facilitera d’ailleurs grandement le déséquipement de notre propre corde.

Sept à huit mètres en contrebas notre paquebot monoplace nous attend sagement flottant sur des eaux dignes des caraïbes. Nous rembarquons tour à tour tandis que Louis, qui a gardé sa néoprène, remonte plusieurs fois à la vire pour effectuer quelques sauts. Il faut dire que dés le matin le président avait émis un embargo total sur la pratique des sauts dans les vasques du canyon souterrain. Bien que tentant, il faut rester conscient que le moindre pépin si loin de l’entrée allait vite prendre des proportions incontrôlables… Ici, à 40 m de l’entrée, le risque est toujours présent mais les conséquences restent assez limitées.

Il est presque 8 heures du soir quand nous retrouvons la lumière décroissante du jour. Pour fêter notre sortie la nature nous offre un dernier spectacle avec les profils vertigineux des falaises du Vercors qui se découpent en tons violines sur le ciel orangé. Quelques nuages effilés aux contours dorés apportent la touche finale à cette journée d’exception.

Retour au parking des grottes de Choranche après 7h30 passées sous terre et la tête pleine d’images indélébiles.