Spélé'Haut-Jura
le site du Spéléo Club SanClaudien

Spéléologie et descente de canyons

Du Lundi 07 au jeudi 10 août 2017

Le gouffre Berger est un grand, beau et mythique gouffre situé dans le massif du Vercors en Isère.

Il fut le premier gouffre au monde exploré au-delà de moins 1000 m (-1191 m exactement !) et dans les années 50. Depuis, on vient du monde entier pour le visiter. Le réseau dépasse actuellement les 35 km.

L’opération Berger 2017

Le CDS 39 avec Rémy Limagne, organise depuis 6 années déjà, une gigantesque opération quasi "internationale" de dépollution, qui consiste à remonter les centaines de Kg de déchets accumulés durant plus d’un demi-siècle d’expéditions.

C’est aussi l’occasion de faire une superbe cavité toute équipée pour l’occasion. L’organisation est bien rodée, et chaque participant est tributaire d’un planning prévisionnel théorique. Une quinzaine de nationalités sont représentées.

Pour ma part, ma descente est prévue soit mardi, soit mercredi. Le « camp de base » est situé au camping de Méaudre, à deux pas du village d’Autrans, à 1000 m d’altitude.

Lundi 07 août

Je quitte Molinges lundi vers 9 h, avec le Duster plein à craquer, direction Grenoble puis un petit détour par la banlieue de Pont en Royans, au siège de la société Expé, partenaire de l’opération. Elle fait une remise de 18% au participants et il me manque quelques bricoles.

Manque de bol, un ralentissement sur l’autoroute, suivi d’un caprice du GPS, font que j’arrive juste à la fermeture de midi. C’est sous une chaleur écrasante que je vais devoir tuer 2 heures dans le village typique de Pont en Royans, construit en surplomb au bord du canyon de la Bourne.

Après un casse-croute et un semblant de sieste, je file chez Expé. En plus d’une paire de Five-Ten (chaussure de canyon que je vais mettre sous terre), j’achète un bloqueur de poitrine « Turbo-chest Camp », celui avec les roulettes, vous voyez ? Mais également, je récupère deux Scurion au tarif préférentiel spécial Berger.

Ensuite, direction les hauts-plateaux du Vercors, par la spectaculaire route des gorges de la Bourne, avec ses grottes et canyons mythiques. J’arrive au camping sans encombre et m’installe rapidement.

L’immense chapiteau qui sert de PC est le point central du camp, lieu de rencontre où sont rassemblées toutes les informations, les plannings, les conditions météo, ainsi que le frigo et ses bières… Je rencontre quelques têtes connues, dont les deux frères Limagne. Ces derniers gèrent le camp en l’absence de leur père Rémy qui est sous terre pour tenter le fond, exactement comme moi, 30 années plus tard (nous y étions ensemble en 1987 !).

Hélas, comme la météo l’annonçait depuis longtemps, des pluies sont prévues dès le lendemain, ce qui repousse ma descente. Etant venu seul, je pars à la recherche d’une équipe qui accepterait de faire la descente jusqu’au fond dès que les conditions seront optimums.

Je rencontre donc un duo fort sympa, Olivier et Antoine, qui viennent de Dordogne et qui, après avoir fait plus ample connaissance, sont partants pour l’aventure.

En fin de journée, catastrophe, un texto annonce qu’un secours est déclenché au Berger ! Oups ! Gros moment de flottement au camp. Les proches restés au camp sont inquiets car on ne sait pas qui est la victime, où elle est et quelle est la gravité. Et la météo qui va tourner et le fait qu’il y a 25 personnes sous terre, dont certaines depuis plus de 24 heures, rajoute encore du suspens !

Plus tard nous apprenons que la victime est Philippe Lavisse, un spéléo du GS Mont d’Or, et qu’il a été victime d’une luxation de l’épaule vers – 400 et qu’il est remonté jusqu’à la base des puits vers – 250 où il attend de l’aide. Un balai d’hélico nous confirme que ça bouge là-haut.

Après confirmation que les secours n’ont pas besoin d’aide, direction dodo.

Mardi 8 Août (St-Dominique)

Vers 5 h du matin, un énorme bruit de souffle me réveille en sursaut : Un Airbus va atterrir sur le camping ? Non, c’est une tempête en approche ! Une minute plus tard, le souffle arrive et balaye le camp, l’intensité est dingue et ne faiblit pas. Pire, ça monte encore en puissance, de longues, très longues minutes !

On devine les arbres torturés, les choses qui volent et le pire qui va arriver…

Soudain, c’est un mur d’eau qui s’abat, accompagné de la foudre qui tombe à deux pas. Je suis littéralement en apnée dans ma minuscule tente qui ne va pas tarder à se faire pulvériser.

Je m’habille au plus vite, histoire de ne pas me retrouver à poil dehors dans 3 minutes. Je suis à deux doigts de me placer sous mon matelas pour me protéger un peu de ce qui va me tomber sur la tête, c’est impossible autrement. Sans parler du ruisseau qui va sans doute passer bientôt sur mon emplacement, vu comme je suis placé.

La tempête va durer plus de 2 heures, et par miracle non seulement la tente est encore intacte, mais rien n’est mouillé à l’intérieur, et dehors le camping est miraculeusement presque en ordre.

Au PC, où tout le monde converge vers 8 h et commente cette folle nuit, nous apprenons que tout le monde est sorti du gouffre avant la tempête et que le blessé est sorti à 2 h 30 du matin.

Le reste de la journée, est passé à somnoler sous ma tente, à me documenter sur la cavité, et à papoter au PC avec ceux qui sont sortis dans la nuit. Grosse incertitude pour la suite de mon programme, car les descentes sont suspendues aujourd’hui bien sûr, mais limitées à – 640 pour mercredi.

Avec mon binôme, et en accord avec Rémy, nous échafaudons un plan qui consistera à descendre après tout le monde (généralement à 7 h au trou), c’est-à-dire en milieu de journée, histoire que la décrue soit plus effective, et selon les débits, voir s’il est possible de s’engager dans la zone critique au-delà de – 640, après les célèbres « Coufinades ». Cette zone profonde est bien plus engagée que la partie supérieure, car plus étroite parfois, plus sombre aussi, et surtout ponctuée de puits arrosés en permanence. C’est aussi la zone où 4 morts dues à des crues sont à déplorer…

Mercredi 09 août

Le soleil revient. Nous laissons partir quelques équipes, peu nombreuses vu les conditions de la veille. Nous préparons fébrilement notre matos. Olivier, en préparation au DE (diplôme d’état de spéléo), est déjà descendu jusqu’aux Coufinades en 2016, et le fond le tente beaucoup.

Vers midi, je me prépare une double ration de riz et je me gave de tout ce qui traine dans mon carton de bouffe. A 13 heures, nous partons du camp avec les recommandations de Rémy qui nous demande de remonter un kit de corde neuve en attente en bas du puits de l’Ouragan, vers – 1000 m.

Vers 14 h, nous sommes à la Molière, terminus du chemin, et nous sommes partis pour une heure de marche jusqu’au trou. L’approche est magnifique, avec au début une vue imprenable sur les massifs de Belledone et de Chartreuse, puis dans d’immenses pessières, et plus loin sur un lapiaz de folie.

À 15 h, après avoir planqué de l’eau et mon téléphone à l’entrée, nous pointons sur le registre et la descente commence. Il s’agit d’abord d’une succession de grands puits et de ressauts, entrecoupés de 2 grands méandres, assez confortables, mais moins spacieux que dans mes souvenirs quand même. La plupart des verticales sont équipées en double pour faciliter la circulation. Vers – 150, à l’endroit le plus scabreux, nous croisons un groupe d’Italiens peu bavards qui remontent tranquillou, un poil cramés on dirait…

Puis, vers – 250 m nous débouchons dans de l’énorme, le gros collecteur du Berger. A ce carrefour, nous rencontrons notre premier spot poubelle, c’est-à-dire un point répertorié où sont concentrés des déchets déjà mis en sacs, sacs au format des kits spéléo.

La suite est tout simplement magique ! Imaginez des volumes énormes, avec des successions de galeries et de salles gigantesques, encombrées de blocs monstrueux, le tout avec une roche claire et beaucoup de concrétionnement par endroit. Et tout ça avec une pente importante, entrecoupée de ressauts où cascade la rivière. Par endroits, de la mousse de crue fraîche témoigne de la violence de ce qui est passé il y a quelques heures. L’ambiance sonore et impressionnante.

Nous sommes en rando sous terre, et notre progression est ralentie par la recherche permanente de notre itinéraire, tellement c’est vaste. Vers – 300, le lac « Cadoux », ordinairement vide, est rempli à ras bord, et sont franchissement par une longue main-courante plein vide et sans appuis, nous coûte quelques calories. Plus loin, la salle Bourgin, puis quelques cascades à franchir hors crue par des vires aériennes et des rappels.

Après le « grand éboulis », nous faisons une courte pose à – 400 m au camp 1, lieu plat et aménagé de points chauds, pour éventuellement dormir à la remontée si on dispose d’un sac de couchage. Deux Anglais, peu loquasses repartent pour la sortie.

Et la suite, c’est la fabuleuse et célèbre « salle des treize », vaste espace au sol couvert d’immenses gours et de stalagmites monumentales, où l’ambiance est soudainement à l’apaisement devant tant de douceur et de beauté. Plus loin, les dimensions se réduisent, et la rivière qui avait disparue, réapparait grossie de quelques affluents. Nous croisons encore un groupe de Hongrois, piloté par mon pote Béla.

Après quelques descentes sur corde, nous parvenons au « Vestiaire », salle qui porte son nom du fait que la suite devient aquatique et étroite (les Coufinades et le Niagara), obligeant les explorateurs à se changer. L’endroit n’est pas engageant et c’est là que va se décider si nous stoppons ou pas.

Nous n’avons ni néoprènes, ni pontonnières. Devant nous, une galerie étroite avec beaucoup d’eau profonde, et… pas encore de main-courante. Ni une ni deux, je pose mon sac et pars en oppo, progression bien facilitée par mes Five-Ten au grip impressionnant ici. Mes deux compères, au départ résignés, sont surpris par le papy, et se décident à me suivre, mais avec leurs sacs.

Le but de mon avancée et de voir s’il est possible de franchir cette longue partie, en sécurité et surtout sans me mouiller plus haut que le genou. En effet, j’ai encore les pieds au sec car je teste aujourd’hui mes fameuses chaussettes en laine et néanmoins étanches Sealskinz, qui ne dépassent pas mon genou et je compte bien ne pas les remplir.

Après un ¼ d’heure de contorsions sur des mains-courantes placées beaucoup trop basses à cause du niveau élevé de l’eau, il faut se rendre à l’évidence, on ne peut pas passer sans se mouiller jusqu’à la taille. C’est trop large pour de l’oppo, et le niveau est trop haut.

Vers 19 heures, nous rebroussons chemin, après nous être bien cramé les avant-bras sur des verrouillages improbables. Nous sommes à – 640. Nous convenons d’un long arrêt repas au bivouac de – 400, histoire de décompresser un peu, et surtout de laisser remonter au maximum les autres équipes, visiblement beaucoup moins rapides que nous.

Au menu, soupes, pâtes bolognaises et café, chauffés avec réchaud à gaz et par mon mini réchaud à alcool, aussi rapide que léger. Suffisamment habillé et bien que trempé de transpiration, je n’ai même pas besoin de revêtir mon poncho, que je prête à Antoine qui commence à claquer des dents.

Au top remontée, ça va être presque la course, car mes deux jeunes ont bien la caisse et sont visiblement pressés de sortir. Au premier spot poubelle rencontré, je remplie mon kit à ras bord, avec dans l’idée de le remonter jusqu’à la base des puits à – 250. Nous y serons en un temps record, et attaquerons les verticales dans la foulée. La fatigue commence à se faire sérieusement sentir, surtout à cause du rythme un poil trop rapide pour mes articulations.

Je me gave presque en continu de barres énergétique et je bois de l’eau additionnée d’Arnica. Nous pointons le nez dehors à minuit et sous un déluge glacé. Il fait à peine 5 °c.

La marche commando sous la pluie à chercher notre chemin, termine de nous achever. Sur la route du retour et durant tout le reste de la nuit, ce sera la pluie, alors que la météo avait annoncé 0.5 mm pour la nuit.

Si bien que nous ne regrettons pas d’avoir été stoppés à – 640. Descendre plus bas aurait sans doute eu des conséquences fâcheuses. Nous pouvons regagner nos tentes vers 2 h 30. TPST : 9 h

Jeudi 10 août

Le réveil est moins pire que prévu, peut-être à cause de l’Arnica ? Je glande toute la matinée, puis après un dernier repas et un petit au revoir aux copains, direction le Jura, via cette fois les gorges du Furon et Sassenage.

Conclusion

C’était ma 3ème descente dans ce gouffre mythique, je visais le fond mais la météo en a décidé autrement.

Nous avons pris que quelques photos bien minables vu la beauté du gouffre. C’est pour cette raison que ce CR sera aussi illustré de quelques belles photos tirées du site « Berger 2017 ».

Côté matériel mon test de l’ensemble chaussettes étanches et Five-Ten s’est révélé excellent, avec beaucoup de confort, un excellent grip et surtout, les pieds au sec du début à la fin !

Du point de vue énergétique et physique, je suis sorti un peu cramé, juste parce que mes deux collègues avançaient à un rythme très rapide et que quelques poses auraient été salutaires. C’est simple, nous sommes descendus en 4 h et remonté en 5, pose repas de ¾ h comprise, c’est dire que l’on n’a pas traîné !

Je tiens à remercier vivement Rémy et son team pour cette super organisation, ainsi qu’Olivier et Antoine pour m’avoir fait confiance et m’avoir accompagné sous terre.