Spélé'Haut-Jura
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Spéléologie et descente de canyons

Équipe – 1100 m : J-Luc Lacroix, Louis Daudey, Dom Guyétand

Dom : Grosse délégation du SCSC cette année pour le camp 2020, 9ème du nom, avec 10 membres à faire le déplacement, un record ! Cette fois, le camp de base a encore changé de place et il est situé à Bois Barbu, sur la commune de Villard de Lans, ce qui ne nous rapproche pas vraiment du gouffre...Il se résume à un vaste champ sans ombre, avec impossibilité d'approcher les véhicules. Les commodités, à savoir sanitaires et douches, sont ceux de l'infrastructure de départ des pistes de ski nordique, et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on a connu infiniment mieux.

Mais pour une fois, nous avons quand même de la chance, car côté météo, bien qu'elle soit caniculaire, pas d'orages ni de précipitations significatives depuis un bon moment : Moralité, les plannings ne sont pas bousculés et la sécurité sous terre sera maximum coté crues. Donc, notre descente prévue de longue date pour samedi pourra se faire comme prévue.

Coté transport, le moins que l'on puisse dire, c'est que notre bilan carbone a été assez désastreux, avec 6 voitures pour 10 personnes. La prochaine fois il faudra quand même mieux gérer en amont, promis ! Les arrivées se sont échelonnées toute la fin de journée de vendredi, avec pour certains (Claire, Guillaume et Pierre-Jean), un détour par le canyon de l'Infernet (Chartreuse), ce qui n'était pas forcément la meilleure idée pour tenter le fond du gouffre le lendemain.
À noter que Claire et Guillaume faisaient bande à part en dormant à La Rivière, au gîte de chez Marie Rancurel. La dernière à arriver sera Laurie, qui terminait son travail très tard.

Avant d'aller rejoindre Morphée, derniers préparatifs et mises au point pour le lendemain, où nous fixons le réveil à 6 heures. Auparavant, un briefing orchestré par J-Luc définit les groupes. Seuls Louis, J-Luc et moi-même irons au fond, tandis que le reste de la troupe ira théoriquement jusqu'aux Couffinades à – 640 m (voir CR équipe 2 par Patrick).

Bien que confortablement installé avec PJ dans une des chambres de la grande tente de Anne et J-Luc (merci à eux), impossible de dormir, le cerveau en ébullition...

Six heures du matin ; après un gros p'tit déjeuné, direction le Nord du massif où nous retrouvons Claire et Guillaume après quelques péripéties. Le soleil est déjà haut au parking de la Molière, où nous faisons les sacs et prenons la direction du gouffre. Une heure d'une magnifique marche d'approche sera nécessaire, alternant prairies, prés-bois, et lapiaz gigantesques.

Berger 2020 - L'équipe au complet

Belle ambiance à l'entrée, où des équipes se croisent fébrilement et où nous renseignons le registre des entrées. Après la photo de famille, l'équipe du fond passe devant, et c'est parti pour une belle aventure, il est dix heures.

Berger 2020 - Prêt pour l'aventure


Pour ma part, c'est ma 4ème descente, Jean-Luc est déjà venu il y a deux ans jusqu'à – 600, seul Louis découvre la cavité.

Autant dire que la descente est un régal. Les puits, très bien équipés et en double, permettent une descente fluide et agréable. Néanmoins, cette première partie sera émaillée coup sur coup de deux anecdotes.

- La première, c'est la découverte d'un beau passage de nœud en plein puits. Contre toute attente, malgré ma très mauvaise nuit et la surprise, je le franchis sans merder et à toute vitesse, même mieux que lors des entraînements en salle.
- La deuxième, qui aurait pu être dramatique, c'est la bouteille d'eau de J-Luc, échappée de son sac en plein puits, et qui n'est pas passé loin de ma personne... Seul le méandre nous ralentit un peu et surtout commence à nous réchauffer sérieusement.

Berger 2020 - Le puits Aldo

A – 240 m, l'arrivée dans le collecteur est toujours impressionnante, tellement la taille des galeries est gigantesque, et ça ne fait que commencer. Puis c'est une longue rando, alternant marche en rivière, éboulis monumentaux, bassins à contourner, petits rappels par des vires concrétionnées, le tout dans une ambiance calme tellement il y a peu de débit.

Par endroit, on se croirait dehors lors d'une rando de nuit, traçant notre route, aidés en cela par l'excellent balisage réfléchissant. Le lac Cadoux est bien évidemment sec, et la salle des Treize (- 500 m) toujours aussi belle, même si les immenses gours qui la caractérisent sont à sec. Les fameuses Couffinades approchent, les dimensions exceptionnelles se réduisent, le concrétionnement devient omniprésent et la rivière recommence à chanter.

Berger 2020 - Le Vagin

Au fameux « Vagin », célèbre arrivée d'eau au plafond par un jet étroit, nous faisons le plein d'eau. Jusqu'à présent, aucun vrai arrêt, juste de brèves poses pour grignoter, histoire de ne pas se refroidir.
A – 620 m, au Vestiaire, petit sas presque spatio-temporel qui donne sur les Couffinades, une affichette donne le ton sur ce qui nous attend pour la suite. En gros, elle explique que l'on va changer de monde et donc d'ambiance en franchissant la lucarne. En gros, ça va devenir engagé et loin de la maison. Le ton est donné. C'est très souvent le point ultime de nombreuses équipes en balade.

Cette année, ce long corridor horizontal, succession de bassins étroits et profonds qu'il faut éviter par une immense main-courante de plus de 100 m, est bien équipé. Par contre, on commence tout doucement à y laisser des watts, en permanence sur les bras.
A partir de là, changement de décor et d'ambiance. C'est plus étroit, c'est plus pentu et donc soudainement plus bruyant. Cela s'appelle d'ailleurs le Niagara et le réseau des Cascades ! On sent nettement que c'est le genre d'endroit où il ne fait pas bon traîner avec plus d'eau et une météo incertaine.

Berger 2020 - Secteur Niagara

Par endroit, c'est presque du canyoning, cascades et bassins profonds s'enchaînent, et comme tout est équipé théoriquement hors-eau, la progression devient vraiment plus technique et plus physique. Les mains-courantes succèdent aux mains-courantes. Le haut du corps est du coup extrêmement sollicité. De nombreux rappels guidés permettent de franchir les points profonds. Rigolos à la descente, ils seront juste très galères dans l'autre sens.

Vers – 860 m, après avoir dévalé l'immense « grand Canyon », nous faisons notre première vraie pose. Repas froid pour J-Luc, lyophilisés pour Louis et moi, chauffés avec mon mini réchaud à alcool. Je profite de la pose pour enlever une couche de sous-vêtement, tellement j'ai chaud.

Après environ 40 mn, nous repartons vers le fond. La galerie devient de plus en plus étroite et nous arrivons dans la zone des grands puits sous cascades, qu'il faut franchir sans se mouiller en s'aidant des cordes guides et de nos poulies. A un moment, il nous faut franchir une suite de passages bas, Karchérisés comme vous pouvez l'imaginer, et théâtre de nombreux incidents par le passé.

Les – 1000 m approchent, nous sommes à la fois fébriles et tendus. Puis vient le célèbre puits de l'Ouragan, verticale de presque 50 m dans laquelle se jette la rivière et où l'on franchit la cote magique des fameux moins 1000 m. Ambiance...

C'est sur la célèbre « Virtuose » (accès à l'amarrage de tête de puits) que nous croisons une des rares équipes rencontrées ce jour. C'est presque l'endroit le plus étroit du trou. Petits échanges d'impressions, tout le monde a la banane, tout va bien. Louis ira même jusqu'à croiser un des gars sur un frac à mi-cascade, pile à la cote – 1000 m.

Berger 2020 - Puits de l'Ouragan

J'éclaire la scène depuis notre perchoir et savoure cet instant magique, le tout dans un brouillard à couper au couteau et un fracas de cascade. A partir de là, nous sommes seuls au fond du trou. Les dimensions redeviennent colossales et nous courons littéralement de blocs en blocs en longeant la rivière qui court avec une pente juste impressionnante. Mais tout a une fin...

Vers – 1100 m, nous butons sur le corridor en eau profonde qui mène aux siphons terminaux et découvrons à notre droite « l'Affluent -1000 » qui se jette dans un immense bassin profond vert émeraude. Nous y sommes. Soudain, en nous retournant, nos regards accrochent des lumières loin vers l'amont. Ce sont les gars croisés tout à l'heure qui sont au sommet du puits de l'Ouragan, à plus de 200 m de là ! C'est juste incroyable ! On savoure pleinement cet instant, on se congratule, puis vient le moment de remonter.

Berger 2020 - L'affluent -1 000

Notre progression sera rapide et sans véritables arrêts, juste ponctuée de mini-poses grignotage/hydratation, souvent en solitaires, mettant à profit les nombreuses attentes liées au franchissement des obstacles par les copains. Curieusement, malgré l'énorme énergie laissée à remonter et surtout à franchir les centaines de main-courantes, je n'ai pas chaud.

Les Coufinades retraversées (-640 m), nous arrivons dans un autre monde. Tout est plus calme, plus détendu, on a presque l'impression que l'on va bientôt sortir. Louis traîne un peu mais monte régulièrement sans soucis. Comme d'habitude, les 200 m de puits semblent bien plus nombreux et surtout plus hauts qu'à la descente, tout comme ce satané méandre d'ailleurs !

A minuit, tout le monde est dehors et l'on se congratule encore une fois, dans une atmosphère tiède, odorante et surtout accueillante. Je suis surpris de ma grande forme. On a quand même fait l'aller et retour au fond en seulement 14 heures nom de Dieu ! Le retour à la voiture se fera encore avec un bon train et en seulement une heure, malgré une petite erreur d'itinéraire de ma part...

De retour au camp, je décide de me coucher sans même prendre de douche et surtout sans manger, j'ai juste très sommeil. Chance, le lendemain le ciel est couvert et nous pouvons gagner quelques minutes supplémentaires pour rester au lit sans cramer sous la tente.
Plus tard, en consultant les plannings des années précédentes, j'ai constaté que l'immense majorité des équipes qui faisaient le fond était largement au-delà de 14 heures. Petite fierté du coup, même si la spéléo ne se résume pas à taper un chrono, surtout dans une cavité aussi belle que le Berger.
Et conscient aussi que certaines équipent « tapent » le fond en moins de 5 heures... Mais ça, c'est une autre histoire.